Collection :
Etudes et recherches
en philosophie arabo-islamique
Série : Ibn Rushd vs Ibn ‘Arabî
Assâad Jomâa
Pour une archéologie du malentendu
Prolégomènes à une relecture quadripartite du face-à-face
Averroès / Ibn ‘Arabī
LIVRE I :
Pour une archéologie du malentendu : l’intelligence stratigraphique d’un face-à-face impossible
Version synthétisée
TOME I

Averroès (Ibn Rushd) et Ibn ‘Arabī : l’histoire intellectuelle de l’Islam les a érigés en adversaires irréconciliables, comme les incarnations du rationalisme philosophique d’un côté, du mysticisme spéculatif de l’autre. Ce « face-à‑face » semble aller de soi, au point d’être devenu un lieu commun de l’historiographie, de l’enseignement et même des débats politiques contemporains. Pourtant, les deux maîtres andalous furent contemporains, nés et formés dans la même Cordoue, et ils se rencontrèrent – Ibn ‘Arabī, alors jeune soufi, raconte cette rencontre à Cordoue. Mais Averroès, lui, n’en souffle mot dans aucune de ses œuvres. Silence, amalgames rhétoriques, fabulations : le philosophe pratique une stratégie d’évitement systématique. Ce paradoxe – une rencontre physique sans aucun dialogue intellectuel – n’est pas une simple anecdote. Il est le symptôme d’un malentendu structural qui a produit des effets de très longue durée sur la pensée islamique. Comment une non-rencontre a-t-elle pu devenir un opérateur de classement et d’exclusion, au point de contribuer à la marginalisation conjointe de la philosophie (falsafa) et du soufisme spéculatif par l’orthodoxie triomphante (ash‘arite, mamelouk, ottomane) ? Et comment sortir de l’alternative stérile entre hagiographie (célébration complaisante des deux génies) et réquisitoire (dénonciation polémique) ? Le présent volume, premier d’une collection en cinq tomes, pose les prolégomènes d’une relecture radicale. Il propose une approche inédite à quatre niveaux d’analyse, articulés mais non hiérarchisés :
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Micro-textuel : établir le dossier factuel des amalgames, des silences et des contre-vérités dans les écrits « personnels » d’Ibn Rushd (Kashf, Faṣl, Tahāfut).
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Méthodologique : critiquer les catégories historiographiques héritées (rationalisme/mysticisme, modernisme/traditionalisme, laïcité/spiritualité) et montrer leur anachronisme.
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Structural : exhumer les grammaires logiques antagonistes – la dyarchie binaire et exclusive d’Averroès contre la logique du barzakh (l’entre-deux inclusif) d’Ibn ‘Arabī – et démontrer leur incommensurabilité.
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Macro-historique : reconstituer la dialectique des exclusions par laquelle l’orthodoxie triomphante a marginalisé ensemble ces deux traditions, transformant leur non-rencontre en opposition structurante.
